Regard d’un rêveur sur l’Atlantique

Publié sur www.torredibabel.com le 29/08/2011

Quand on part longtemps sur la mer, il y a forcément un moment, où plongé dans l’horizon, on se déconnecte. Le temps ne suit plus, les décalages s’accumulent et on reste acteur passif de sa lourde chute dans ce très grand qu’on appelle l’océan.

Hier à l’aube où les villes s’éveillent, je traversais non sans la moindre émotion le 20ème méridien de cette ligne imaginaire que les cartographes nomment l’équateur. Un levé de soleil splendide saluait déjà cette traversée héroïque ; tandis que, blotti dans de vieux vêtement froissés, tachés de mazout et de cambouis, j’assistais malgré un fort vent à cette scène de vie en catimini.

Tout n’est qu’émotion, lorsque on se retrouve face à la nature. Le sens du voyage nous paraît bien abstrait et très vite on se retrouve dans la peau d’un acteur omniprésent mais inutile face à tant de beauté, de pureté et d’éternité.

Au large des cotes qui ont vu Pedro Alvares Cabral découvrir il y a plus de 500 ans le Brésil, me voici à mon tour en train de dresser de ma lourde patte, quelques souvenirs griffonnés. Dans un vieux cahier ou encore sur un bout de papier, les témoignages s’accumulent lors de mes nombreuses veillées éclairées à la fois par la lune, les étoiles et les hublots des cabines des officiers.

Si l’océan est fort d’une grande beauté le jour et d’un esprit qui captive un individu au moindre regard, il reste à mes yeux tout aussi envoûtant la nuit. Bercé par le mouvement du bateau et le bruit des vagues, l’océan vaste se dissipe et sans l’aide d’une lune un peu trop curieuse, il est difficile de distinguer la forme des vagues qui craquent. Cependant, avec de l’imagination et surtout de l’obstination, la belle se dévoile.

Voilà 20 jours que j’ai quitté ma terre, depuis je n’ai vu que de l’eau et encore de l’eau. Parfois au loin se dessine une forme et on se met à rêver d’une soirée un peu plus palpitante. Il est déjà trop tard et les îles canaries s’enfuient au loin aussi vite qu’elles sont apparues.

Puis un autre jour, nous voilà en Afrique. On ne parle plus français, ni italien à bord mais waloff. L’Afrique comme une mère, nous prend dans ses bras, nous câline et on se met à l’aimer autant qu’à la pleurer par tant de pauvreté. Un couché de soleil s’en suit, un levé du jour l’accompagne et ces Freetown qui se dressent à nous. La capitale du Sierra Leone meurtrie par les guerres civiles reste pourtant joviale et ses pêcheurs doux et rêveurs n’en sont pas moins redoutables !

Ne t’inquiète pas des eaux sales mon frère ! dauphins, raies et requins peuplent bien ce monde sous-marin. Regarde au loin et tu verras ce que la mer a de plus beau en son sein. L’homme n’est qu’un rapace qui n’a de cesse de la violer pour mieux croire la dominer.

Le voyage touche à sa fin, la mer nous pleure en vain, la nostalgie dissimule l’apparence. Un nouveau chapitre commence, l’Amérique de Colomb arrive à grands pas et moi, la tête plongée dans les cartes, j’apprivoise l’envie et l’impatience.

Avant de regagner la terre ferme, je ne peux négliger tous mes souvenirs de voyage qui ne prennent point part à cette douce fable. A chacun son jardin secret. Cette traversée restera une quête, un rêve d’enfant dont la principale vertu aura été de purger ma vie avant de la garnir.

Je ne sais quand je reverrai ma terre et les miens; En attendant ce jour, je m’en vais découvrir un continent, le nouveau monde comme disaient si bien les anciens. L’heure est à la curiosité, à l’intuition et pourquoi pas au coup de foudre…

Adieu ancienne vie, adieu jeune vagabond, je pars poursuivre ma route et si j’en crois Emerson, une fois toutes ces frontières franchies, je ne reviendrai plus tout à fait le misérable pédant que j’étais…

A bord du Cargo le Grande America

CH.R

Souvenirs d’Argentine et d’Uruguay

Pour changer, voici un petit clip vidéo de quelques photos d’Uruguay et d’Argentine.

Préparation du Carnaval à Montevideo




Nikon D7000

MiNas

Nikon D60

Docks in Dakar

Nikon D7000

Pescador

Nikon D60

le salut du toucan

Nikon D7000

Explosion d’un bus à Tartous

Nikon D60

Pause à la mosquée des Omeyyades

Nikon D60

Du clocher de San Giorgio

Nikon D60